En juillet 2009, le jeu des urnes ne sera ouvert que si au moins trois conditions sont remplies :
1- les forces armées restent à l’écart de la joute,
2- l’institution judiciaire fait respecter la transparence du scrutin et les résultats des urnes,
3- l’organisation de l’élection est confiée à une commission indépendante.
Or Sassou Nguesso a verrouillé le système politique, juridique et sécuritaire notamment en nommant aux postes stratégiques de l’armée, de la police et de la magistrature des parents à lui ou des hommes originaires du Nord, région dont il est issu. Cette organisation lui permet de s’assurer le contrôle total des maillons stratégiques du processus électoral. Or l’attitude de l’armée et de l’institution judiciaire est le vrai enjeu de l’élection présidentielle de juillet 2009.
Dans l’environnement institutionnel actuel, quel que soit le candidat de l’opposition en face de lui, quelle que soit la situation qui prévaudra au moment de l’élection, Denis Sassou Nguesso, candidat encore non-officiel à sa propre succession, devrait largement sortir vainqueur.
Les conditions de vie au Congo-Brazzaville sont déplorables : 70% de la population sous le seuil de pauvreté. Pourtant, dans leur programme électoral, aucun des hommes politiques en lice n’en fait cas.
Beaucoup d’opposants à Denis Sassou Nguesso font preuve d’un sursaut nationaliste : leur discours est centré sur le potentiel des richesses du Congo et sur une politique de profits. Mais leurs visées restent régionales, voire personnelles. De façon très nette, malgré l’opposition au président sortant, les outsiders s’inscrivent dans la continuité d’une politique égotique dont la préoccupation centrale est l’acquisition du pouvoir.
Trop de candidats, peu de concertation entre les différents mouvements, peu de propositions innovantes, des luttes d’influences régionales (plusieurs candidats pour le nord du Congo alors que sa population ne représente que 30% des électeurs potentiels), une opinion internationale indifférente, les enjeux des élections présidentielles de juillet 2009 perdent de leur importance.
A Brazzaville, la population redoute le retour des affrontements de 1997 entre le pouvoir et l’opposition suite aux déclarations de Ange Edouard Poungui, candidat de l’UPADS, principal parti de l’opposition, qui a appelé ses partisans à se mobiliser pour barrer la route à l’organisation non consensuelle des élections. (14 avril 2009 : un quartier de Brazzaville est touché par des obus. Pas de victimes)
Sassou Nguesso subventionne les associations et les grandes confessions religieuses qui, prêchent la « paix » retrouvée grâce au leader. Cercle vicieux : l’opposition ne pourra le faire partir que par un coup de force ; mais en menaçant ainsi la paix rétablie, elle cristallise les peurs de la population et se rend impopulaire.
Beaucoup d’officiers de haut rang toujours actifs dans les forces armées congolaises et la police sont impliqués dans des massacres des populations civiles à Brazzaville et dans le département du Pool pendant la guerre civile qui s’est déroulée au Congo entre 1997 et 2001. Même si la justice congolaise a prononcé une relaxe générale pour ceux qui avaient été poursuivis devant les tribunaux dans l’affaire des disparus du Beach, ces officiers vivent dans la hantise permanente de se trouver de nouveau devant les tribunaux pour ces événements. Donc tant que Sassou Nguesso reste à la tête du Congo, ils savent qu’ils n’ont rien à craindre.
Retour à Brazzaville de 45 anciens militaires cobras qui doivent sécuriser les élections de 2009. Ces anciens cobras seraient partis de Paris pour Brazzaville le 16 novembre 2008 à 20 heures à bord d’un avion gabonais. Ils précédaient de quelques mois un contingent mixte comprenant outre des anciens cobras, des rabatteurs polyvalents membres des réseaux du pouvoir dans des pays européens. Motif : épargner au Congo-Brazzaville les conflits post électoraux du Kenya et du Zimbabwe.
Le poids de l’armée dans l’économie : Tous corps confondus, les forces armées et de sécurité compteraient entre 18000 et 20 000 hommes. En 2008, les dépenses militaires auraient absorbé 111 millions de dollars américains selon le SIPRI (institut international de recherche pour la paix de Stockholm), près de 200 millions de dollars selon la CIA. Au total, le Congo consacrerait entre 2 et 3% du PIB aux forces armées. [1]
La concertation citoyenne (du 14 au 17 avril 2009) : Le parti au pouvoir a organisé des assises avant les élections. L’UPADS, le MCDDI, l’UDR Mwinda et le RDPS ont répondu présents. Pour le pouvoir, la concertation a eu lieu, la communauté internationale n’a plus à s’inquiéter.
En faisant passer pour radicaux ceux qui n’ont pas participé à la concertation (une vingtaine de formations), Sassou Nguesso cherche à détourner l’attention de la communauté internationale de la volonté de changement de régime du peuple congolais.
Liberté d’expression : Les forces de l’ordre composées en majorité d’anciens cobras milice du président Sassou Nguesso ont empêché, le 25 avril 2009, la tenue d’un meeting de l’opposition au stade papa Louboto à Ntiétié de Pointe Noire au motif fallacieux qu’il n’était pas autorisé par le préfet. Entre 300 et 400 militaires, le doigt sur la gâchette, ont occupé le stade au moment où le meeting devait se tenir. Pour éviter une confrontation qui aurait pu tourner au carnage, les responsables de l’opposition ont demandé aux milliers de sympathisants de se disperser. L’opposition a été censurée alors qu’elle s’apprêtait à expliquer aux habitants de Pointe-Noire les raisons de son retrait de la concertation citoyenne.
Election transparente : quid du contrôle ? Rien ne semble fait pour assurer une élection propre sans fausses listes électorales, sans fausses cartes d’identité, sans faux électeurs.
Note du 7 mai 2008 d’un responsable des programmes à l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) : « La plupart des opposants politiques qui s’étaient exilés, sont rentrés au Congo après avoir fait allégeance au Président Denis Sassou Nguesso. On peut citer entre autres, jacques Joachim Yombi Opango, Bernard Kolelas, Christophe Moukoueke et Victor Tamba Tamba. Ils ont été doté de véhicules, maisons et gardes du corps par la présidence de la république pour certains. Depuis leur retour, ils n’ont fait aucune déclaration ni action en vue de l’instauration de la véritable démocratie, du respect des droits de l’Homme et des libertés publiques qui sont quotidiennement bafouées au Congo… » D’autres font toujours l’objet de détention arbitraire et de torture.
Brazzaville, le 18 décembre 2008 : libération des 35 personnes arrêtées et détenues à la maison d’arrêt de Pointe-Noire, suite aux manifestations et troubles survenus en juillet 2008 lors des obsèques de Jean Pierre Thystère Tchicaya, ancien président de l’Assemblée nationale et président du Rassemblement pour le développement et le progrès social (RDPS). L’une des victimes de cette rafle, Guy Poaty est mort en détention des suites d’actes de torture qu’il aurait subis au Commissariat central et Sita Ndombet, originaire de la République Démocratique du Congo (RDC) est porté disparu après quelques jours de détention à la maison d’arrêt. Gibert Nsonguissa Moulangou, membre du Conseil national de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), parti politique de l’ancien chef de l’Etat congolais Pascal Lissouba, est toujours détenu à la prison de Brazzaville pour des motifs politiques. C’est également le cas de trois demandeurs d’asile originaires de la RDC, en situation de séquestration depuis mars 2004 à la Direction centrale des renseignements militaires. Il s’agit du major magistrat Germain Ndabamenya Atikilome, du major aumônier kimbanguiste Médard Mabwaka Egbonde et du capitaine policier Bosch Ndala Umba.
Les conditions posées par l’opposition pour des élections sereines n’ont pas été prises en compte. Il n’y aura pas de révisions des listes électorales, de recensement de la population, de mise en cause de la loi électorale, de commissions électorales indépendantes, de loi claire sur le financement des partis politiques. Seul un décret concernant la gratuité pour la carte nationale a été signé par Sassou Nguesso.
Le régime met les institutions de l’Etat au service de l’ethnie et de son camp politique le tout se confondant aisément. En effet, c’est le ministre de la justice Emmanuel Yoka (cousin de Sassou Nguesso), épaulé par le procureur général près la Cour suprême Akiéra, qui font arrêter Tsonguissa. Ils le défèrent auprès du procureur de la république Oko qui passe le flambeau au juge d’instruction Opo, qui fait incarcérer le pauvre Tsonguissa dans une prison dont le directeur s’appelle Ibéla. Tous ces fonctionnaires sont des parents de Sassou Nguesso ou originaires de la même région que lui.
Denis Sassou Nguesso aurait déjà promis (avant même la concertation citoyenne) l’entrée au gouvernement à Mboungou (banquier déjà candidat en 2002, député et entrepreneur prospère au Congo), Miokono (président du RFD), Mampouya (président du MCDDI) et Tamba Tamba (ministre des transports en 1996) ; Batchi du RDPS et Moukoueke (ancien baron du régime Lissouba, secrétaire général de l’UPADS) deviendraient préfets. D’autres cartes sont en cours de distribution.
Campagne non officielle de Denis Sassou Nguesso qui parcourt le Congo pour inaugurer à tour de bras des infrastructures de propagandes loin des besoins vitaux de la population. (un aérodrome à Dolisie alors que les vrais dolisiens ne l’emprunte pas faute de moyen, un bloc opératoire avec du matériel chinois alors que la population n’a pas de quoi se payer une consultation,…).
Ces inaugurations sont l’occasion pour Sassou Nguesso de faire taire les accusations de détournements de fonds publics portées par la société civile congolaise à son encontre et de renforcer son image auprès des institutions financières internationales qui, malgré les scandales (biens mal acquis), affichent des signes très concrets de satisfaction (voir Les Afriques : annulation de dettes, financement,…).
Point sur les rapports Sassou Nguesso/Omar Bongo depuis la mort d’Edith Bongo et sur le rôle que pourrait avoir à jouer l’armée française basée au Gabon (dans l’optique de la préservation des investissements français) en cas de ballotement de l’actuel président.
Position de l’UE : L’Union Européenne doit mettre en place un fonds destiné à soutenir les activités de la société civile congolaise lors de l’élection présidentielle (Annonce faite le 17 mars 2009 par l’ambassadeur de Belgique en République du Congo, Michel Tilmans).
Un dossier complet pour comprendre les enjeux :
Présentation générale du Congo-Brazzaville
Quelques éléments de contexte en 2009 au Congo-Brazzaville
Actualité des relations France – République du Congo Brazzaville
Congo-Brazza, cas d’école de la Françafrique…
Principaux partis politiques au Congo-Brazza - à venir
Principaux dignitaires militaires au Congo-Brazza - à venir
et toujours le résumé complet : Congo-Brazzaville – Analyse du collectif concernant les prochaines élections présidentielles 2009

Candidat indépendant à l’élection présidentielle au Congo et prônant l’union nationale, Modeste Boukadia a relevé plusieurs régularités entourant l’organisation de l’élection présidentielle au Congo (vacance du pouvoir au Congo, cour constitutionnelle non renouvelée, recensement de la population non effectué, cartes d’identités non distribués, etc). Modeste BOUKADIA a tenu un communiqué de presse dans lequel il a renouvelé son appel à tous les partis politiques à la création d’un Gouvernement d’Union Nationale chargé d’organiser les élections et de mettre fin à la farce électorale. Appelant les partis politiques au dialogue et au rassemblement, il appelle les électeurs congolais à ne pas se rendre aux urnes. Voir sur le site de M. BOUKADIA. WWW.CONGO-SANGHA.COM.
Voir en ligne : Solution de Modeste Boukadia pour des élections au Congo