Congo-Brazzaville - 12 juillet 2009 - Le dossier

Congo-Brazza, cas d’école de la Françafrique…

Le Congo constitue en effet un cas d’école des mauvaises pratiques qui maintiennent des populations dans la misère :
-  Malédiction des ressources minières : riche des revenus de son pétrole (rappelons que le Congo-Brazzaville est le 4e producteur de pétrole de l’Afrique subsaharienne), 70% de sa population vit sous le seuil de pauvreté
-  Poids de la dette et corruption : jusqu’il y a quelques années, le Congo était le pays le plus endetté par habitant au monde. Si le Congo voit sa dette annulée par la communauté internationale, c’est moins grâce à ses efforts pour une gouvernance démocratique et grâce à sa lutte contre la corruption qui n’est que de façade, mais plus grâce au soutien diplomatique indéfectible de la France auprès des IFIs et du Club de Paris. Dans le même temps, le Congo semble se réendetter de façon vertigineuse en utilisant des méthodes rappelant les préfinancements [1] qui avaient satisfait les clans au pouvoir mais dégrader longuement les finances publiques et les actions sociales. A noter que le Congo s’était engagé auprès des IFIs à ne plus avoir recours à ces mécanismes, ni à se réendetter de façon non concessionnelle comme il le fait avec la Chine.
-  Mascarades électorales et guerres civiles : Denis Sassou Nguesso est revenu au pouvoir au Congo-Brazzaville en 1997, à l’issue d’une guerre civile qu’il déclenche lui-même après des élections démocratiques décevantes pour lui (il n’est arrivé que troisième avec à peine 17% des voix en 1992). De 1997 à 2002, le Congo traverse la période la plus sombre de son histoire puisque DSN orchestre des massacres systématiques. Portant plainte en France contre ceux qui ont pu le qualifier de responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, il perd son procès. Depuis 2002, il organise des élections tronquées, refusant la mise en place de Commissions électorales indépendantes.
-  Au niveau judiciaire, on peut citer l’affaire des disparus du Beach dont un volet a été relancé en France par la Cour de Cassation, et plus récemment l’affaire des BMA.

La France a toujours soutenu coûte que coûte DSN, l’aidant à revenir au pouvoir illégalement, se félicitant officiellement de ce retour [2], et en s’activant diplomatiquement pour que le Congo soit bien traité par les IFIs, notamment dans le traitement de sa dette colossale et odieuse.

A cet égard les relations entre la France et le Congo durant l’année 2007 montrent bien qu’il n’y a pas eu de rupture après le départ de J Chirac :

- 1. En juin et juillet, les élections législatives se tiennent dans des conditions catastrophiques. Les résultats sont proclamés sans annoncer le nombre d’électeurs inscrits et votants, ce qui constitue un fait unique au monde selon les propres mots d’un conseiller élyséen.
- 2. En septembre, le Comité ITIE envisage sérieusement d’exclure le Congo de cette initiative puisque le Congo ne respecte que faiblement ces engagements de lutte pour la transparence et contre la corruption.
- 3. Les revues trimestrielles du FMI et de la BM dans le cadre du processus de réduction de la dette PPTE sont alarmantes, constatant la dérive des dépenses publiques, mais surtout à nos yeux, l’absence de mesure concrète pour lutter contre la corruption. Des officiels français confiaient même que le FMI était très gentil avec le Congo, ne s’intéressant pas aux véritables trous noirs du système Sassou, à savoir le Comité de Trésorerie, placé sous la tutelle du président, qui ordonne les dépenses publiques en dehors du dispositif gouvernemental et parlementaire, et également la DGTP qui truste tous les travaux publics au dessus d’un montant très faible et orchestre la redistribution des commissions et autres avantages.

Suite à ces résultats déplorables, la France délivre sa récompense : Après avoir été l’invité d’honneur d’un Forum sur le Développement Durable au Sénat, DSN a été reçu par le président français à l’Elysée en décembre 2007. Il lui a octroyé un fond de coopération plus de deux fois supérieur à ce que préconisait le Quai d’Orsay et le Trésor, à savoir 180 millions d’€ sur 3 ans. Dans le même temps, le Congo dégage des excédents budgétaires faramineux : 2,4 milliards d’euros en 2008 (soit plus de 50% du budget de l’Etat et 5 milliards cumulés depuis 2003).

Intérêts économiques des entreprises françaises au Congo

- Total, premier investisseur du Congo-Brazzaville, principal extracteur pétrolier au Congo avec un profit par baril des plus compétitifs (ceci est du aux conditions négociées lors du retour au pouvoir de Sassou Nguesso en 1997). En 2008, grâce à l’exploitation de Moho-bilondo, premier champ offshore congolais, la production congolaise de Total a augmenté de 35%.
- Le Groupe Bolloré, présent au Congo-Brazzaville depuis près de 50 ans, vient d’obtenir la gestion du Port autonome de Pointe-Noire, qui devrait avoir un rayonnement sous régional de premier plan. Il prévoit d’y investir 570 millions d’euros pour son développement et de rénover la voie ferrée qui relie Brazzaville à Pointe-Noire.
Lors du voyage de Nicolas Sarkozy à Brazzaville en mars dernier, l’AFD a annoncé un prêt de près de 30 millions d’euros pour les travaux d’aménagement du port.
La position monopolistique qu’affectionne le groupe Bolloré en Afrique risque ici aussi d’être perturbé par la société Progosa (Jacques Dupuydauby), ancien associé et rival sur plusieurs projets portuaires africains. Progosa s’est associé à Pointe-Noire avec le neveu de DSN, Wilfried SN.
- BNP Paribas : Le 1er février 2009, Bruno Jacquet Ossebi décédait des suites de l’incendie de sa maison après avoir révélé sur son site l’imminence d’un prêt gagé de la BNP Paribas à lz SNPC de 100 millions d’euros. Il était sur le point de se constituer partie civile aux côtés de Transparence International dans la plainte des Biens Mal Acquis. La BNP s’est déjà illustrée plusieurs fois en accordant des prêts en contre partie de rente sur le pétrole. Sous le règne de Denis Sassou Nguesso, des négociations en ce sens ont été menées dès 1997.

Un dossier complet pour comprendre les enjeux :
- Présentation générale du Congo-Brazzaville
- Quelques éléments de contexte en 2009 au Congo-Brazzaville
- Actualité des relations France – République du Congo Brazzaville
- Congo-Brazza, cas d’école de la Françafrique…
- Principaux partis politiques au Congo-Brazza - à venir
- Principaux dignitaires militaires au Congo-Brazza - à venir

et toujours le résumé complet : Congo-Brazzaville – Analyse du collectif concernant les prochaines élections présidentielles 2009

Notes

[1] Un préfinancement pétrolier consiste à accorder un prêt à un Etat moyennant un droit de gage sur la production de barils de pétrole brut à venir. Cette pratique est propice à la corruption et à accélérer l’endettement des économies du Sud. La République du Congo s’est engagée à plusieurs reprises à y renoncer au titre de l’initiative Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).

[2] « Vous avez parlé de l’Angola, et vous avez fait allusion, j’imagine, à l’intervention de l’Angola au Congo. Nous ne sommes pas intervenus au Congo mais, pour vous dire les choses telles qu’elles sont et tout à fait franchement, je me suis réjouis de l’intervention de l’Angola au Congo pour une raison simple c’est que ce pays était en train de s’effondrer dans la guerre civile, de s’autodétruire et qu’il était souhaitable que l’ordre revienne. Il y avait quelqu’un qui était capable de le faire revenir, c’était Denis SASSOU-NGUESSO. Il lui fallait un soutien extérieur pour cela et pour un certain nombre de raisons, l’Angola le lui a apporté. La paix est revenue, les conditions du développement reprennent. Cette ville de Brazza, qui est devenue martyre, commence à se relever et Denis SASSOU-NGUESSO s’est engagé à mettre en oeuvre le processus de démocratisation dans un délai d’un maximum de deux ans, ce qui est considéré, par les autorités internationales, comme quelque chose de bon. » Conférence de presse J Chirac, Luanda, 30/6/98. http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais_archives/interventions/conferences_et_points_de_presse/1998/juin/conference_de_presse_du_president_de_la_republique_a_luanda.2109.html